Cette campagne électorale ne passera pas à l’histoire. On le sait, le mot qui est revenu le plus souvent sur les réseaux sociaux de Paul St-Pierre Plamondon pendant cette campagne, c’est immigration.
C’est la deuxième campagne de suite que le PQ bâtit sa base sur cette idée de baisser les seuils, avec un chiffre magique qui ne repose sur aucune démonstration scientifique. 35 000 en 2022, 35 000 en 2026.
C’est la même stratégie qu’avait employée François Legault.
Le plus triste, c’est que ça fonctionne. La plupart des Québécois pensent aujourd’hui que le Québec n’a pas la capacité d’accueillir plus d’immigrants. Dans les faits, c’est le contraire. On n’a pas la capacité de s’en passer, le problème, c’est qu’on n’investit pas assez pour les accueillir. Nous avons l’une des meilleures immigrations économiques au monde.
Après les politiciens corrompus, ce que je déteste le plus, ce sont les menteurs. À la veille du scrutin, on va donc regarder les chiffres ensemble. La campagne populiste de la CAQ en 2022, reprise par le PQ en 2026, repose sur des foutaises, et quelques statistiques suffisent pour le démontrer.
Voici quelques citations de PSPP et, sous chacune, ce que les études disent.
Septembre 2022, devant l’Union des municipalités. « Il n’y a pas de logements et de dire que par magie, on va augmenter de beaucoup nos seuils d’immigration et que par magie les logements vont se mettre à exister, c’est vraiment faux. »
Il n’y a pas de logements parce qu’on a arrêté d’en construire. En 2023, l’année où l’immigration a atteint son sommet partout au Canada, les mises en chantier ont chuté de 32 % au Québec, 38 912 logements contre 57 107 l’année précédente.
Dans le reste du pays, avec la même immigration et les mêmes taux d’intérêt, la baisse a été de 1,7 %. L’APCHQ nomme quatre freins à la construction, la main-d’œuvre, les délais de permis, la rareté des terrains et le coût des matériaux.
L’immigration n’est pas dans la liste. Le délai pour obtenir un permis de dix logements et plus à Montréal et à Laval a augmenté de 135 % depuis 2017 et atteint dix-huit mois.
La SCHL calcule qu’il faut 860 000 logements de plus au Québec d’ici 2030, environ 107 500 par année. On en a mis 60 000 en chantier en 2025.
Au printemps 2026, 33 000 logements étaient autorisés par les villes et toujours pas en chantier. La crise sociale, c’est vingt-cinq ans de gouvernements qui n’ont pas construit, c’est pas la faute d’un demandeur d’asile qui cherche un trois et demi pour sa petite famille.
Quand une entreprise veut croître, elle n’arrête pas de produire, elle agrandit ses capacités, elle construit des entrepôts. Une usine qui a plus de commandes qu’elle ne peut en livrer n’annule pas de clients, elle ajoute une ligne de production.
Il y a juste ici qu’on ne comprend pas ce concept pourtant très simple. Le manque de logements fait l’affaire des gouvernements populistes et nationalistes, ça leur donne un coupable facile pour réduire les seuils.
C’est réfléchir à l’envers, en cabochons. Il ne faut pas ralentir nos atouts les plus productifs. Il faut que le gouvernement se grouille le cul pour les accueillir.
28 octobre 2024, à l’Assemblée nationale. « Si nos seuils d’immigration sont trop élevés, il n’y a pas de logements, les gens sont étouffés au niveau du paiement de l’hypothèque et du loyer. »
Les gens étaient étouffés par leur hypothèque parce que la Banque du Canada a monté son taux directeur de 0,25 % à 5 % entre mars 2022 et juillet 2023, la hausse la plus rapide depuis les années 1980. Un ménage qui avait signé à 2 % en 2021 a renouvelé à plus de 5 % en 2024 et a vu son paiement mensuel grimper de plusieurs centaines de dollars. Nos seuils d’immigration n’avaient rien à voir là-dedans.
Le même jour, il affirme que des seuils « astronomiques » en immigration nuisent à la natalité, à cause du manque de places en garderie.
Le manque de places existait bien avant que les immigrants aient le dos large. En octobre 2021, le gouvernement caquiste comptait lui-même 51 000 enfants en attente au guichet unique et 37 000 places manquantes, avant la vague d’immigration temporaire de 2022 à 2024.
Depuis 2019, 24 000 places en milieu familial ont disparu selon la CSN. Les 37 000 places promises pour 2024-2025 ont été atteintes en mai 2026, un an en retard, et il restait 30 688 enfants en attente. Ce ne sont pas les locaux qui manquent, ce sont 3 000 éducatrices.
Le nombre de diplômées du DEC en éducation à la petite enfance est passé de 932 en 2014 à 556 en 2023, selon l’Association québécoise des CPE, et le CPE neuf de Gaspé accueillait 37 enfants sur 100 en août 2026.
Pendant ce temps, 444 éducatrices immigrantes déjà au travail attendent leur résidence permanente depuis la fermeture du PEQ en novembre 2025, et seulement 144 ont reçu une invitation, selon Radio-Canada. On manque d’éducatrices, et on bloque celles qu’on a avec des décisions et des lois stupides.
29 août 2026, devant l’école Roger-Comtois. « L’école déborde en raison d’un trop grand nombre de nouveaux élèves qui proviennent de l’immigration. »
En campagne en 2022, le même Paul St-Pierre Plamondon disait que 50 % des écoles du Québec étaient en mauvais état à l’arrivée de François Legault et 59 % quatre ans plus tard.
À l’époque, il attribuait les écoles qui débordent à l’état des bâtiments. La CSQ compte aujourd’hui 53 % d’écoles en mauvais état et un déficit d’entretien de 9,8 milliards $.
André Bernier, président des directions d’école, dit que la surpopulation existait avant la vague d’immigration, qu’elle frappe la Beauce et les Appalaches où il n’y a presque pas d’immigrants, et que des locaux sont inutilisables parce que les bâtiments pourrissent. Le gouvernement caquiste a commandé 570 millions $ de compressions aux écoles en juin 2025.
26 septembre 2026, PSPP à ceux qui lui reprochent de viser injustement les immigrants. « Lorsque je mène une campagne, je mène une campagne pour tous ceux qui sont citoyens. »
Ceux que notre cher PSPP met de côté, les immigrants qui ne sont pas encore citoyens, voici qui ils sont véritablement.
En 2024, le Québec a admis 59 426 immigrants permanents, dont 69 % en immigration économique. Le groupe le plus nombreux a 25 à 34 ans, et environ deux tiers des travailleurs qualifiés ont moins de 35 ans. Chez les requérants principaux économiques, 96,8 % parlent français à l’oral. La part des admis résidant hors de la grande région de Montréal est passée de 18,7 % en 2018-2019 à 33,9 % en 2024-2025. Pour 2026-2029, Québec vise 45 000 admissions par an, 64 % économiques, 65 % déjà sur place. Ce sont les chiffres de l’Institut de la statistique du Québec et du MIFI.
Chez les 25 à 64 ans, 44 % des immigrants détiennent un baccalauréat ou plus, contre 25 % des Québécois nés ici. Ils forment 18,3 % de ce groupe d’âge et 27,3 % de ses diplômés. La moitié des doctorats du Québec sont entre les mains des immigrants et des résidents temporaires. Ce sont les données du recensement de 2021 compilées par l’Institut de la statistique du Québec.
Ces gens plus diplômés que nous sont aussi moins bien payés que nous. Un immigrant gagne 97 % du salaire horaire d’un natif, 92 % chez les 25 à 54 ans, pour une scolarité presque deux fois plus élevée.
L’OCDE, dans une étude commandée par le gouvernement du Québec lui-même, a établi qu’environ 55 % des immigrants du Québec occupent un emploi en dessous de leur formation, contre 30 % des natifs. Avec un diplôme universitaire obtenu à l’étranger, c’est 64,9 %. Et environ 40 % des immigrants qualifiés retournent aux études après leur résidence permanente parce que leur diplôme n’est pas reconnu ici. On les sélectionne pour leur formation, puis on leur demande de la refaire.
Et quand le diplôme est reconnu, il reste le nom sur le CV. Mohamed. Fatima. En 2012, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a envoyé des milliers de CV identiques à des employeurs de Montréal. À compétences égales, un candidat au nom québécois avait au moins 60 % plus de chances d’être convoqué en entrevue qu’un candidat au nom africain, arabe ou latino-américain. Une personne au nom racisé était écartée une fois sur trois. Jean-Philippe Beauregard a refait l’exercice à Québec en 2020 pour sa thèse à l’Université Laval, avec le même résultat. La Commission appelle ça de la discrimination systémique. Le gouvernement du Québec n’a jamais voulu prononcer le mot.
On sélectionne des travailleurs qualifiés, on refuse leurs diplômes, on écarte leurs CV, et ensuite on dit qu’ils ne s’intègrent pas.
Bienvenue au Québec.
Maintenant, faites le calcul de ce que ça vaut un immigrant versus un enfant québécois. Un enfant né ici coûte à l’État 19 888 $ par année d’école selon l’Institut du Québec. Treize ans de la maternelle à la fin du secondaire, c’est environ 258 000 $, avant le cégep. À l’université, Québec paie autour de 19 000 $ par année par étudiant, 57 000 $ pour un baccalauréat. Un diplômé né ici a coûté plus de 300 000 $ de fonds publics avant de payer son premier dollar d’impôt.
Un immigrant économique arrive entre 25 et 40 ans avec tout ça déjà payé dans son pays d’origine. Selon Immigration Canada, les demandeurs principaux de la catégorie économique dépassent le revenu médian canadien peu après leur admission, 58 900 $ un an après l’arrivée pour la cohorte de 2020, contre 40 870 $ pour la médiane canadienne. Entre 15 et 64 ans, une personne coûte 3 052 $ par année en santé. À 65 ans et plus, 11 483 $. L’immigrant qui arrive à 30 ans paie de l’impôt pendant 35 ans dans la tranche d’âge qui coûte le moins cher, et Immigration Canada le confirme, les contributions fiscales directes nettes des immigrants admis depuis 1980 sont positives. C’est le seul placement où l’État encaisse 35 ans de rendement sans avoir fourni la mise de départ.
Regardons maintenant qui fait tourner l’économie. En 2025, 1 157 400 immigrants occupaient un emploi, une hausse de 7,9 %, pendant que l’emploi des natifs baissait de 0,2 %. Toute la croissance de l’emploi de l’année est venue d’eux, 24,9 % des travailleurs pour 23,1 % de la population. Les entreprises fondées par des immigrants ont créé 25 % des emplois nets au pays en ne représentant que 17 % des entreprises. Un immigrant qui part en affaires embauche plus vite et plus que le propriétaire né ici, et personne dans cette campagne n’en a dit un mot.
Cette main-d’œuvre, c’est aussi ce qui a tenu l’économie du Québec debout. En 2023, le Québec a connu une récession technique et son PIB n’a progressé que de 0,7 %. En 2024, 1,7 %. En 2025, encore 0,7 %. Pendant ce temps, la population a bondi de 2,5 % en 2023, 218 000 personnes de plus, presque toutes venues de l’immigration.
Le PIB par habitant a reculé de 2,8 % depuis 2022 selon l’Institut du Québec. Toute la croissance de l’économie québécoise depuis trois ans venait du fait qu’il y a plus de monde pour travailler et consommer. Sans eux, le PIB du Québec aurait reculé. On ne pouvait pas se passer du PEQ et des travailleurs temporaires qui ont torché les Québécois pour moins de salaire, comme l’a dit Ruba Ghazal, et elle avait raison.
Et sans eux, le trou dans les finances publiques serait encore plus creux. L’impôt des particuliers rapporte 49,6 milliards $ au gouvernement du Québec en 2025-2026 contre 45,7 milliards $ deux ans plus tôt selon le ministère des Finances, pendant que l’emploi des natifs reculait.
Cette hausse est venue de nouveaux salariés issus de l’immigration. Le gouvernement Legault a présenté en 2025-2026 le déficit le plus élevé de l’histoire du Québec. Sans les impôts des gens que PSPP veut mettre de côté, ce déficit aurait été plus gros encore, et c’est ce même gouvernement qui a coupé dans les écoles.
Regardons aussi qui coûte le plus cher à l’État, parce que c’est vraiment pas l’immigration. En 1981, 9 % des Québécois avaient 65 ans et plus.
En 2025, c’est 21,7 %. Les 75 ans et plus forment 8 % de la population et près de 30 % des dépenses de santé provinciales, 21 290 $ par personne par année.
La santé, c’est 65,5 milliards $, 42 % du budget du Québec, et un retraité ne paie plus d’impôt sur un salaire. Derrière eux, la relève ne vient pas.
La fécondité est tombée à 1,35 enfant par femme en 2024, le plus bas de notre histoire, et le Québec a enregistré plus de décès que de naissances deux années de suite, 80 450 contre 78 200 en 2025.
L’année où l’immigration temporaire a reculé, la population du Québec a baissé de 9 600 personnes. Ça dit tout.
La CAQ et le PQ ont fabriqué le mensonge de la capacité d’accueil dépassée pour ne pas avoir à parler du reste. Aucun des deux ne propose d’investissements massifs en éducation, pour reconnaître les diplômes, financer la francisation en milieu de travail, payer les éducatrices ou raccourcir les délais de permis de construction.
Selon Léger, la CAQ est première chez les 55 ans et plus, à 44 % chez les 65 ans et plus dans la région de Québec. Le PQ est premier chez les 35 à 54 ans. Chez les 18 à 34 ans, la CAQ est à 14 % et le PQ à 19 %. Ce sont les vieux, en majorité sensibles à la xénophobie et au débat populiste sur l’immigration, qui votent pour ces partis.
Les deux partis qui veulent fermer la porte aux immigrants tiennent sur les générations qui ont fini de contribuer et qui consomment le plus de services.
Les jeunes qui vont payer la facture de ce désastre économique ne votent pas pour ces partis, peut-être parce qu’eux comprennent c’est quoi, du populisme et de la xénophobie.
Comme la CAQ, le Parti québécois a fait campagne sur des faussetés et veut laisser entrer seulement 35 000 personnes par année dans une province dont la population a reculé l’an dernier, dont l’économie n’a tenu que grâce à l’immigration, et il fait campagne pour ceux qui ont le droit de vote.
C’est grâce aux nouveaux arrivants et aux enfants d’immigrants qu’on va arriver à payer nos services et à garder ce qu’il nous reste de nos programmes sociaux et universels, et on se fait raconter par ces démagogues qu’on n’a pas la capacité de les accueillir.
Par Jean-François Hotte

