Une information révélée par l’agence d’information Reuters fait état de l’expulsion discrète, le 14 janvier dernier, de neuf personnes depuis les États-Unis vers le Cameroun. Ces individus ne sont pas des ressortissants africains.
Plus troublant encore, ni Washington ni Yaoundé n’ont jugé utile d’informer publiquement leurs citoyens d’un tel arrangement.
Selon l’agence Reuters, cette expulsion a été effectuée malgré une décision de la justice américaine protégeant les personnes concernées. Plusieurs d’entre elles ignoraient même leur destination jusqu’à leur embarquement, menottées et entravées, à bord d’un avion du Département Americain de la Sécurité intérieure. On peut se demander pourquoi le Cameroun accepte-t-il de devenir la destination de personnes dont il n’est ni le pays d’origine et qui ne relève pas de sa responsabilité juridique ?
Cette affaire soulève de lourdes interrogations politiques et morales. Le Cameroun est en train d’être transformé en zone de dépôt pour migrants indésirables, un territoire servant à recycler des sans-papiers dont d’autres États veulent se débarrasser.
Le caractère totalement opaque de cette opération alimente également les soupçons d’un marchandage diplomatique, conclu dans le cadre de négociations discrètes entre Washington et Yaoundé, dans lesquelles le régime camerounais cherche à s’assurer une indulgence américaine sur la situation politique interne, notamment après le dernier hold up electoral?
Le gouvernement camerounais doit clarifier ce que deviennent ces personnes une fois arrivées au Cameroun ? Sont-elles libres de circuler ou placées dans des centres de détention? Les autorités camerounaises ont-elles perçu des fonds pour les nourrir et les soigner? Qu se passerait-il si l’un d’entre eux meurt au Cameroun?
L’inquiétude est d’autant plus légitime que d’autres pays ayant accepté d’accueillir des migrants expulsés par les États-Unis se retrouvent aujourd’hui avec des détenus étrangers enfermés dans des prisons déjà surpeuplées, parfois dans des conditions dénoncées par des organisations internationales et l’opposition américaine.
Cette affaire pose enfin une question fondamentale de dignité nationale : un État peut-il accepter en secret de servir de dépotoir pour des étrangers rejetés ailleurs, sans aucune transparence ?
Par Brice Nitcheu

