Le gouvernement québécois a dévoilé le 6 novembre la suppression du Programme de l’Expérience Québécoise (PEQ). Cette annonce, additionnée au moratoire prolongé sur la délivrance de permis de travail fermés à Montréal et Laval pour les postes à bas salaire, ferme brutalement la porte à de nombreux diplômés et travailleurs déjà installés au Québec.
Pour ces milliers de personnes, il va être impossible de renouveler un permis de travail, et maintenant, d’accéder à la résidence permanente.
En marge du 4e round des manifestations le 12 décembre dernier pour exiger la suppression pure et simple de cette décision, Immigration FM a sollicité le secrétaire général de la Fédération des Travailleurs du Québec pour une entrevue.
M. Carrière, qu’est ce qui justifie votre présence à ce 4 e round de manifestation sur le PEQ ?
On n’est ici parce qu’on a à cœur de s’occuper des travailleuses et travailleurs de tout le Québec syndiqués ou non. Ce qui est important, c’est nous la population. On n’est des hommes et des femmes, des parents, des enfants. Et notre souhait, c’est de contribuer à la société. Et notre organisation défend tous les travailleurs.
Croyez-vous que le gouvernement caquiste actuellement au pouvoir favorise l’immigration des personnes immigrantes ? Parce qu’on n’a comme l’impression que toutes les décisions prises militent en leur défaveur…
Actuellement, le gouvernement de la Coalition Avenir du Québec (CAQ) est dans une dérive idéologique, une dérive autoritaire. Selon moi, ils ont perdu leur point de repère. Le point de repère d’un gouvernement c’est de faire évoluer, de faire émanciper sa population. Mais présentement ce que l’on voit, c’est que toutes les décisions que le gouvernement à prises les derniers mois, voire les dernières années, c’est pour augmenter la précarité, augmenter l’insécurité, faire en sorte que les gens deviennent de plus en plus critiques face aux différentes crises qu’on peut rencontrer. On n’a un gouvernement qui va à l’encontre de son mandat premier qui est le bien-être social de sa population. Et la présentement, ce gouvernement ne fait que répondre aux intérêts de certaines franges de l’entreprenariat québécois. On ne peut pas mettre tout le monde dans un même bateau mais il y a certaines personnes qui veulent des travailleurs précaires, qui veulent des travailleurs interchangeables, jetables. Ce n’est pas comme ça qu’on construit une société durable, basée sur l’être humain. On n’a un gouvernement qui est en pleine dérive actuellement.
On n’observe comme une certaine discrimination dans l’application des textes du gouvernement en ce qui concerne le Programme d’expérience québécoise. À Montréal et Laval, c’est une règle, et dans les autres régions du Québec, c’en est une autre. Comment expliquer cette discrimination ?
Actuellement, les seules personnes qui savent où ils s’en vont, c’est le gouvernement. Parce qu’il n’y a personne qui comprend où ils vont. Il n’y a personne qui comprend leurs nouveaux critères. Ce qu’ils nous disent, c’est que le système du premier arrivé, premier servi ne fonctionne pas. Mais présentement, ils ont mis des règles en place avec le nouveau Programme de sélection des travailleurs du Québec (PSTQ) et eux-mêmes ne respectent pas ces règles-là. Je comprends la population migrante qui se sent déstabiliser. On n’y voit plus clair. Il y avait un programme instauré par la CAQ qui était fiable et prévisible. Et eux-mêmes l’ont remplacé par quelque chose qui est imprévisible. Plus personne ne comprend ce qu’ils font.
Effectivement, les Programmes d’expérience québécoise étudiante et travailleuse ont été remplacés par la PSTQ. Cependant, dans un autre entretien récent, le premier ministre François Legault aurait confié que le PEQ peut continuer de s’appliquer en dehors de Montréal et de Laval…Est-ce normal selon vous ?
Le Québec a des besoins dans toutes ses régions. Autant dans la région montréalaise que dans les régions plus éloignées. Que ce soit à la Gaspésie, l’Abitibi, la Côte-Nord. Toutes les régions du Québec ont des enjeux de main d’œuvre. Le Québec a des enjeux de main d’œuvre. Alors, à un moment donné de vouloir tenter de diviser les citoyens versus les résidents permanents, versus les temporaires, moi personnellement, je ne la vois pas cette logique-là. Il y avait déjà un programme qui fonctionnait bien, qui permettait aux gens d’avoir une voix prévisible. Ils l’ont supprimé. On ne comprend plus ou ils s’en vont. Présentement, ce qu’on voit, c’est un gouvernement qui est à la dérive. Et les victimes, ce sont les travailleurs migrants, ce sont les étudiants migrants. Et même la population du Québec.
Pensez-vous que l’immigrant est toujours la bienvenue au Québec ?
R : Oui. Fondamentalement convaincu. Les immigrantes et les immigrants sont les bienvenus au Québec. On n’a besoin d’enrichir notre société avec l’expérience de tout le monde. Il n’y a personne qui détient la vérité. Mais quand tout le monde marche dans la même direction, on n’y arrive tout le temps. Oui les immigrants et les immigrantes sont les bienvenus au Québec.

